Agnes Dumouchel, ConteuseParcours |

Les études et les voyages
Je suis née à Paris. Toute jeune, j’aimais les livres, puis j’ai eu envie de voyager, de « faire le tour de la prison » comme le dit Marguerite Yourcenar. Munie de mon agrégation de Lettres, je pars enseigner en Grande Bretagne, au Maroc, et en Russie.
La Voix, le Corps et le Théâtre
A mon retour en France, en 1978, je deviens membre du Roy Hart Théâtre, troupe communautaire qui mène une recherche sur les possibilités extraordinaires de la voix quand elle est ancrée et son potentiel de libération des nouages corporels et inconscients. Pendant douze ans je vis en Cévennes, voyage en Europe au gré des tournées et partage le mode de vie et la démarche de cette troupe qui vit « ensemble pour faire du théâtre et fait du théâtre pour vivre ensemble ». Je m’initie au travail corporel avec Dominique Dupuy, puis le Théâtre du Mouvement, et au clown avec le Bataclown. Actuellement ma recherche corporelle et vocale, se poursuit par la pratique du Qi Qong.
Le Conte
A partir de 1990, forte de toutes ces expériences, je choisis la voie du conte, mettant ainsi mon goût de la langue au service du spectacle vivant. Parallèlement je continue à enseigner la voix selon la méthode originale du Roy Hart Théâtre. Je m’installe dans les Hautes Alpes. J’interviens dans les bibliothèques, écoles, MJC, théâtres et festivals.
J’ai fait voyager mes contes, tout près et très loin de chez moi. Parmi les festivals auxquels j’ai participé, on trouve : « Paroles d’Alès » (30), "Passage du Conte à Turin (Italie), St Gilles (30), Alpes Maritimes (06), Croc en Conte (95), Cible 95, l’Echo des Mots (05) et Mont Dauphin (05).
Un voyage en France d’Outremer en octobre 2010, à l’invitation de la Compagnie Zoukouyanyan, m’a permis de porter mon spectacle « Folies d’Amours » sur la scène de la Compagnie Théâtrale de Guyane à Macouria.
L’aboutissement d’un projet à 4 conteuses : « La Tentation du Rideau », spectacle avec Françoise Diep, Florence Férin et Anne Lopez, a été mis en scène par Hassane Kassi Kouyaté, et a été joué au Lavoir Moderne à Paris en novembre 2010.
Le 9 mars 2012, à l’occasion de l’évènement « Féminin Plurielles », première étape du Matrimoine, sera créé« l’Homme Semence » de Violette Ailhaud aux Editions Parole (voir spectacles)
Mon répertoire puise à plusieurs cultures. A partir de mythes, de légendes et de récits issus du monde entier, j’aime faire émerger un fond commun d’humanité qui parle au cœur des femmes et des hommes de notre époque. Mon thème de prédilection est la relation entre homme et femme. Mes territoires favoris sont les pays du froid. J’aime aussi les rencontres avec le patrimoine sous le signe de l’humour : Ce sont Les Visites Loufoques de Mont Dauphin et du Couvent de la Providence à Gap écrites et jouées entre 2003 et 2009. Plus récemment, j’oriente mon travail vers le « Matrimoine », cet héritage immatériel et peu connu, finalement, que sont les valeurs du féminin dans la transmission.
L’idée est née d’une rencontre en 2009, entre Claudine Meyer, sculptrice, et Agnès Dumouchel, conteuse. Conteuse et sculptrice ont eu l’envie de conjuguer leur mode artistique respectif pour aborder un sujet touchant les femmes.
Elles ont commencé à parler du trousseau et de ce qui se transmet de mère à fille. Nombre de femmes gardent actuellement dans leurs armoires, de ces lourds draps brodés par leurs grands-mères, qu’elles ne peuvent ni utiliser dans la machine à laver ni se décider à jeter. Problème ! Mais comme dit le proverbe chinois : un problème est une montagne qui recèle un trésor. Elles ont voulu initier leur travail en interviewant les vieilles dames qui avaient brodé un trousseau.
C’est en élargissant cette réflexion avec d’autres partenaires que la question s’est épanouie : pourquoi ne pas élargir le sujet à l’ensemble de la transmission féminine ? Qu’est-ce que les femmes ont reçu de la génération précédente, et particulièrement de leur mère ou de leur grand-mère ? Qu’ont-elles envie de transmettre à leurs enfants ? Dans ce monde en mouvement accéléré, suite aux progrès techniques et au changement des mentalités, comment s’est faite la transmission ? Ont-elles pu, voulu, refusé de transmettre l’ idée qu’elles se font de leur rôle en ville et dans nos régions de montagne ? Celle de la relation qu’elles entretiennent à leur corps ? Celle de la façon dont elles vivent les différentes étapes de leur vie ? Celle de l’imaginaire qu’elles subissent ou ont envie de développer ?

La loi a établi une égalité de principe entre hommes et femmes. Mais la difficulté avec laquelle cette égalité se réalise et les impasses qui se révèlent montrent bien qu’il y a un travail plus profond à faire, un travail intérieur à chaque être humain où pourrait se définir et s’articuler féminin et masculin.
En collectant la parole des femmes, en faisant le récit de leurs vies, de leur mode d’être, de leurs espoirs, en reprenant leurs paroles pour inventer des contes, en donnant voix à leurs rêves, il y a matière à penser, à vivre et à créer.
De mars 2010 à septembre 2011, le projet a mûri et s’est développé avec le Centre de l’Oralité Alpine, la DDCSPP (Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations), des organismes de formation comme l’APIC, des organismes sociaux comme le SIAD du Champsaur (Service de Soin Infirmier à Domicile), la Maison des Solidarités, les Centres sociaux, la ville de Gap, les Bibliothèques, des professeurs de collège et de lycée, un groupe amateur de conteuses et un certain nombre de femmes à titre individuel.
FEMININ PLURIELLES, les 8, 9 et 10 mars 2012 est la première étape de ce projet qui devra se développer en 2013.
Les paroles échangées donneront lieu à des créations artistiques : un spectacle de contes et une exposition de sculptures. Autour de ces créations artistiques, viendront se greffer des lectures, des conférences, des débats : ce seront les Journées du Matrimoine, en mars 2013.